« Je n’ai pas tourné le dos à la religion, mais j’ai dit merde aux homophobes et j’ai décidé que Saint Paul s’était trompé. »

« Je n’ai pas tourné le dos à la religion, mais j’ai dit merde aux homophobes et j’ai décidé que Saint Paul s’était trompé. »

Mots-clés :

« C’était en 1968 et j’avais 18 ans. J’avais lu que l’homosexualité était un trouble mental que l’on pouvait soigner par la psychanalyse. Je n’y croyais pas trop, mais je pensais qu’en restant homosexuel, je deviendrais fatalement un raté misérable et ridicule et qu’en plus, je finirais fatalement en Enfer.

Je n’avais pas été élevé dans un milieu religieux. Mes parents étaient de vertueux incroyants, modérés en tout, travailleurs, bons Français, très honnêtes et très pudibonds. Les choses sexuelles, c’étaient des « cochonneries ». Si moi, je pensais à l’Enfer, c’était parce que je m’étais converti au christianisme deux ou trois ans avant, plus ou moins en secret. L’absurdité de cette conversion, c’était que j’y avais cherché une raison de vivre sans sexualité (pour me sauver de l’infamie) et que j’y avais trouvé un Dieu homophobe, qui n’allait pas se contenter de ma chasteté, mais qui m’exigerait aussi de ne plus sentir l’inclination homosexuelle, parce qu’elle était, en soi, la preuve de sa réprobation. Saint Paul, dans la Bible était tout à fait explicite sur ce point, dans l’Epître aux Romains, chapitre 1, versets 24 à 32. On peut s’étonner aujourd’hui d’un pareil « fondamentalisme ». Mais c’est le même discours que tient, avec d’autres mots, l’Eglise catholique d’aujourd’hui. Les homosexuels doivent se « déshomosexualiser » et ils le peuvent. Ils seraient coupables de ne pas, au moins, s’y efforcer.

Un jour donc de mes 18 ans, j’arrête mon père à la sortie de la salle de bains, et là, dans le couloir, debout, je lui demande de bien vouloir me payer une consultation chez un médecin. Lui, voyant ma gêne, me demande ce qui m’arrive, pensant probablement que j’avais une blennorragie. Je lui ai dit l’épouvantable vérité. Il était consterné, abasourdi, anéanti. Après un silence, sans aucun reproche, sans aucune autre question, il m’a dit qu’il allait s’occuper de me trouver un spécialiste. Le premier docteur que j’ai vu m’a envoyé chez un collègue. Celui-ci m’a longuement écouté, et m’a dit à la fin : « Nous pouvons tenter une psychanalyse. Mais il faut que vous sachiez que le plus que vous pouvez en espérer, c’est de vous accepter tel que vous êtes ».

En sortant, c’était réglé : je l’avais déjà accepté.

Je n’ai pas tourné le dos à la religion, mais j’ai dit merde aux homophobes et j’ai décidé que Saint Paul s’était trompé. Pendant longtemps, ensuite, j’ai voulu être un saint pour prouver à l’Eglise que Dieu n’est pas homophobe. Mais après presque cinquante ans de vie consacrée, je peux donner ce témoignage : que, dans l’Eglise, un homosexuel, quoi qu’il fasse, reste toujours un maudit s’il a commis le péché inexpiable de ne pas s’en être caché. Quant à Dieu, eh bien je ne sais pas son opinion. Je la saurai le jour de ma mort, si vraiment Il existe et si vraiment Il a ses préférences.

Moralité : faire son coming-out est libérateur, mais pas partout. Il ne faut pas le faire là où l’homophobie est une obligation morale. On se casse la gueule et cela ne profite à personne. Moi, aujourd’hui, sur le tard, quand mes forces étaient usées et que je n’avais plus d’espoir de recyclage, j’ai été expulsé de ma secte et jeté dans la misère. J’aurais pu l’éviter si j’avais consenti in extremis à renier publiquement ma « fierté gay » par une fausse repentance dont on m’avait fixé le scénario. J’ai pensé qu’il valait mieux mourir. Mais je ne suis pas sûr du tout d’avoir fait le bon choix. Mieux vaut chien vivant que lion mort, dit la Bible dans un autre passage… »

Illustration: David et Jonathant (détail). Rembrandt.

Avatar de Etienne Pouettre
Publié par
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s