Militer ?

Militer, l’éternel problème de l’alter-sexuel » qui s’assume. Problème et polémique que j’ai choisi de poser là, sachant que ça ne va pas de soi. Un état de ma position, en tout cas.

Etre homo, c’est être différent. Différent des autres. Oh ! Pas sur grand-chose, un petit détail. Différent sur son amour et ses désirs. Pour le reste, rien ne change. Mais cette différence étrangement, pose problème à la majorité des sociétés humaines, du moins depuis l’expansion des religions monothéistes.Alors moi, l’homo, le pédé, je suis problématique.Je suis alter-sexuel, et par là même alter-citoyen. C’est vous les « hétéros » qui m’avez fait ainsi, en normalisant la sexualité. Alors j’en prends mon parti. Je m’en sers. Pour revendiquer d’autres modes de pensée, de conception de la vie, de l’amour, de la famille. Moi, je n’ai rien demandé, Je suis autre, vous m’avez mis hors-norme en m’assignant à être à peine toléré pour avoir juste cessé de me discriminer. Alors je regarde VOTRE société et je la trouve sectaire, cloisonnée, étriquée, et je ne peux malgré tous mes efforts entrer dedans, m’y conformer.Oh ! Je sais de quoi je parle : moi aussi j’ai été hétéro ; et marié, et père de famille, même ! Et puis non, ça ne colle pas, j’ai eu beau essayer de rentrer dans la boîte, j’ai trop forcé et elle s’est déchirée. Alors je la regarde. Et je la trouve bien petite…
Combien de malheureux produit-elle cette boîte ? Ceux qui n’y entrent pas, désespérément pas…

Du coup je comprends ma place, le rôle que je peux jouer : je suis sorti de la caverne (bien malgré moi) et j’essaye de montrer à tous qu’il y a des espaces plus grands. Qu’on peut vivre tous ensembles sans heurts ni dangers, une fois débarrasser de ces dogmes socio-sexuels. Et je n’ai de cesse.

Certain(e)s homosexuel(le)s reprochent le militantisme gay et lesbien, le juge tapageur, provocant et craignent qu’il attire la foudre des homophobes. A 28 ans de la dépénalisation de l’homosexualité et quand les propos, insultes, discriminations homophobes sont encore légions cette réaction interpelle qui a vécu cette lente et poussive acceptation de notre existence dans la société.

Mais je comprends. Parce que nous les homos, bis, trans, persécutés, discriminés ou tout simplement niés, n’aspirons en sommes qu’à la tranquillité, qu’à pouvoir vivre nos amours, notre sexualité et donc notre identité en toute quiétude, sans s’exposer à une agressivité ou même une désapprobation. Et c’est déjà pas facile ! 10% (au mieux !) de gens comme nous, seulement 10% de garçons à qui je pourrais éventuellement plaire !! Combien de célibataire chez les hétéros, alors pour nous !

Se concentrer sur cette quête d’un bonheur presque impossible et ne pas faire de bruit… La tentation est grande, et encore plus si on veut des enfants ! D’ailleurs sommes nous capables de les élever, arc-boutés sur notre sexualité vite jugée comme immature ?

Oui mais : nos droits ne sont pas encore totalement acquis, du moins ici, en France et que dire de la plupart des autres pays ! Et tout cela sent tellement le neuf qu’on se doit d’être vigilant par ces temps réactionnaires, quand les difficultés économiques font chercher aux dirigeants des boucs émissaires faciles, quitte à exacerber les racismes les plus primaires. Non, personne n’est à l’abri de droits acquis : l’histoire nous a montré qu’il y a toujours moyen de les réduire et de les détruire.

Donc : militer, oui. Bien obligé. Militer pour casser les murs et veiller à ce qu’on ne les reconstruise pas dans notre dos. Militer pour que la société des hommes soit gorgée d’humanité, de bienveillance, pour que désirs et amours ne soient plus des armes de contraintes sociales mais des possibilités d’épanouissement des individus. Militer parce que nous sommes en mesure de le faire, parce que notre douloureux parcours a eu au moins le mérite de nous donner toutes les cartes pour ne plus tomber dans le piège de la discrimination et du préjugé.

Et nous ne sommes pas seuls ! Epaulons ces femmes qui revendiquent une liberté sexuelle et sociale encore mal admise (mais si, vous savez : les nymphos, les putes !) Cassons cette prison étouffante de la famille papa-maman-les-enfants qui n’existe plus que dans les fantasmes de décideurs phallocrates ! Œuvrons à l’égalité des sexes, car c’est le plus sûr chemin vers l’égalité des sexualités et des identités. Enfonçons les portes jusqu’à ce qu’elles restent définitivement ouvertes ! Et disons bien aux enfants, qu’on leur ment encore : chacun est libre, doit être libre d’être ce qu’il est, d’aimer comme il veut, que la seule chose qui importe est de respecter l’autre. Et de l’écouter.

Mais militer fait peur : cortèges, Gay-pride, affrontements…. Cela n’est que la pointe émergée de l’iceberg. Militer, c’est aussi, c’est surtout, inscrire dans son quotidien un respect de soi, ne pas lâcher sur les stéréotypes et les gentilles insultes, c’est se montrer sans se mettre en danger, c’est exister tout simplement, en balayant les stupides craintes de nos amis hétéros, c’est enfin ne pas perdre une seule occasion d’éduquer un enfant sur l’acceptation de la différence et la bienveillance. Après, il y a, pour les lois, ou le respect de celles-ci, des associations qui inlassablement montent au créneau et à qui on doit, homos, bis et trans, de pouvoir exister, de ne plus avoir honte, de pouvoir aimer. Et pour tout ça je leur suis redevable et éternellement reconaissant.

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