Profil de la semaine

Musore : Bonjour, Bienvenu sur notre blog

Christian : Bonjour et merci de m’accueillir sur votre blog.

Musore : Pouvez-vous vous présenter  à nos lecteurs ?

Christian : né au premier jour du printemps à Bujumbura, j’ai grandi dans plusieurs endroits de la région des grands lacs mais les interminables guerres qui s’y déroulent ont poussé ma famille à traverser les différents frontières, désespérément souvent, à la recherche de quiétude. En 2005, je suis rentré à Bujumbura, pour poursuivre mes études universitaires en faculté de communication, et depuis 2012, je poursuis des études d’Histoire et  Gouvernement aux Etats Unis, pour faire plus tard, les relations internationales.

Je suis activiste LGBT, un univers dans lequel je dirais avoir rejoint par accident alors que je venais de récupérer ma lettre d’adhésion à l’association Humure, appelé ARDHO à cette époque, et la nouvelle qui m’a accueilli était la loi que le parlement burundais, venait de voter, nuitamment. Je fus choqué par cette nouvelle, comme d’ailleurs tout le monde de la communauté LGBT Burundaise, Ça m’a vraiment fait mal et ce fus une incompréhension totale de cette attitude de haine, Une haine et une homophobie étatique de la part des dirigeants qui sont censés être là pour toute  la population burundaise sans distinction aucune. C’était énervant de voir avec quel courage nos politiciens déclarent la guerre idéologique contre la communauté LGBT, alors que le pays s’enfonce, à en perdre connaissance, dans des problèmes plus graves chaque jour.

D’ailleurs, l’une de mes plus grandes motivations à continuer cette lutte contre l’injustice, est ce sentiment même de colère que je ressens à chaque fois que je pense qu’il ya une catégorie de personne dans mon pays et dans le monde, qui ne peuvent pas vivre librement à cause de ce qu’ils sont ou du seul fait qu’ils aiment ce qui n’est pas commun aux autres et que tantôt, c’est immoral, que c’est contre Dieu, ou encore que c’est contre la loi, il ya tellement de doigts pointés sur les personnes LGBT et tout ce qui a attrait à leur communauté qu’on a même l’impression qu’ils sont la cause de tout les maux du monde.

Musore : En quoi consiste  alors votre travail avec la communauté LGBT burundaise?

Christian : Pendant le moment où j’ai rejoint ARDHO, avec feu Georges Kanuma, je me focalisais sur la mobilisation de la société civile et la communauté internationale présente à Bujumbura pour  que cette loi ne puisse pas entrer en vigueur ou qu’au moins, elle ne soit pas appliquée.

Rien de promouvoir l’homosexualité était dans notre agenda, je pense même que jusqu’à maintenant, c’est toujours le cas puisque cette loi à fait sa part de promotion de l’homosexualité avec une telle force que tout le monde sait maintenant que l’homosexualité existe au Burundi.  Notre premier  souci  en ce temps là était de ne pas laisser cette loi passer au Sénat, ce que nous avons réussi à faire, mais comme on le sait tous, la suite avec la commission paritaire après la grande marche de mars 2009 contre l’homosexualité organisée par le parti politique CNDD FDD a eu pour conséquence l’entérinement de l’article 567.

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2009/03/06/01011-20090306FILWWW00458-burundi-un-defile-contre-l-homosexualite.php

En 2010, nous avons initié MOLI pour se focaliser sur la documentation des cas de violations de droits humains basés sur l’orientation sexuelle et identité/expression de genre, ainsi que d’apporter de l’appui aux activistes et autres organisations traitant sur les questions LGBT. J’ai dirigé MOLI pendant 2 ans avant de décider de retourner à l’école.

En fin de compte, la communauté LGBT ne demande que d’être traitée comme tout le reste des citoyens burundais, en droits et protections comme le reste de la population, personne n’aime vraiment vivre comme citoyen de seconde zone à cause d’une simple question qui d’ailleurs n’appartient à personne d’autre qu’a lui-même.

Musore : Vous avez travaillé avec la communauté LBGT Burundaise pendant des années, quelles sont, d’après vous, les grands problèmes auxquelles fait face celle-ci ?

Christian : Il y a un problème interne à la communauté, un manque de cohésion pour avoir un impact efficace et faire entendre sa voie. Aujourd’hui, il existe, 5 organisations, Ce qui est une bonne chose, seulement si elles font des choses différentes pour se compléter, pas pour faire la compétition. C’est l’impression, de fois, qu’on a quand on analyse les axes d’actions des organisations dans leur ensemble. J’ai quitté Bujumbura avec un sentiment que des efforts de clarifier les contributions de chacune des organisations étaient en marche. J’espère que c’est toujours le cas. Et même si on a les mêmes axes d’actions, si on communique et fait un effort de joindre les ressources, on parvient à des  résultats meilleurs.

L’autre problème est au niveau externe à la communauté. Une communauté unie peut faire face facilement à toute hostilité qui vient de l’extérieur, à savoir la résistance que la communauté LGBT trouve aujourd’hui pour se faire entendre. La communauté peut  s’allier à la société civile pour réussir, Bien sûr, les actions imprévisibles du gouvernement restent le plus grand problème auxquels la communauté LGBT pourrait faire face.

En ce moment l’incertitude du futur, accentuée par les batailles politiques, il pourrait resurgir le thème LGBT pour  des raisons purement populistes et d’exclusion de potentielles figures fortes progressistes au sein du parti au pourvoir.  Je crois qu’il est possible pour la communauté d’avoir un agenda commun qui tiendra en compte cet aspect politique de la lutte. Une victoire politique avec des politiques/lois en faveur de la communauté LGBT) est indispensable pour cimenter le changement à long terme.

Musore : Aujourd’hui vous vivez dans l’un des pays au monde, ou la tolérance envers les LGBT fait parti de la culture, que pensez-vous de l’état actuel des discriminations envers les LGBT ici au Burundi et en Afrique surtout.

Christian : C’est vrai qu’il y a tolérance, et c’est vrai aussi qu’il y a l’homophobie. Ici, il y a le meilleur et le pire ! Par exemple, il y a des endroits où on ne peut pas passer dans la rue main dans la main! Mais c’est claire, ici les gens sont conscients que les cultures évoluent. Ils sont aussi pragmatiques. Rien n’est statique et les libertés individuelles sont sacrées.

La souffrance ? Il  y a en a et il y en aura pour encore plus longtemps en Afrique. Le rapport alternatif de MOLI en 2011 pointait clairement que c’est dans la société (familles, consécrations religieuses, écoles, et autres institutions) en général que ces discriminations se font. Cela est surement possible avec la bénédiction du gouvernement qui ne met rien en place pour protéger la communauté LGBT. Pour cela, je crois que l’état est alarmant ! L’exclusion n’a jamais était productif. L’exclusion ou la discrimination d’un groupe crée et perpétue cette idée des « les autres» contre «moi». Et je pense sincèrement qu’un pays qui voulant la cohésion n’irait pas dans ce sens.

L’espoir qui reste dans tout ce désespoir est de travailler, sur un plan personnel et communautaire, l’estime de soi et l’aide mutuelle. Je crois que le centre communautaire créé à Bujumbura il y a presque deux ans est un exemple d’espoir d’entraide et de construction d’une communauté forte.

Musore : Quelle expérience avez-vous avec l’homophobie ?

Christian : Oh, drôle de dire que je n’ai pas vraiment une réponse à cette question. Je m’occupe peu de savoir si tel ou tel a commis un acte homophobe  à mon égard. Et peut être aussi parce que je suis arrivé à un niveau où je comprends mieux les personnes homophobes. Je crois que plusieurs personnes sont «homophobes » par ignorance, par peur de ce que peut être l’autre alors que souvent ils ne prennent même pas le temps de le connaitre, Les gens se permettent de juger les autres sans les connaitre et ce qui est pire, c’est qu’ils vont même à fixer les bonnes règles vies, en conformité avec leur propre vision des choses mais pas avec celle de tout le monde. Chaque fois que je suis confronté à un homophobe, J’essaie de transformer ce moment d’ignorance en opportunité  de partage sur les valeurs de respect, amour et de compréhension entre être humain intelligent.

Musore : Et c’était quoi les ressources sur lesquels vous vous êtes appuyés pour continuer à avancer avec votre vie.

Christian : Estime de soi, les amis et le travail.

L’estime de soi en me respectant, respectant ma condition d’homme et d’homo, en m’affirmant personnellement et à qui veut l’entendre. Ça a cultivé en moi un fort sentiment d’existence. Je suis, Je vis.

Les amis pour m’accompagner dans des moments difficiles. Pendant les problèmes qui ont surgit après mon coming-out, après les interruptions de relations amoureuses, avec les problèmes au travail, etc. C’était toujours magnifique à la fin de la journée qu’un ami vienne et me réconforte en m’affirmant qu’ils ont tord de ne pas m’aimer.

Le travail, je crois que je suis tombé amoureux de l’activisme LGBT. Une vraie passion de contribuer au changement de l’avenir, pour le rendre meilleur et radieux à tous. Allant à sacrifier beaucoup pour que tel ou tel autre projet soit fait dans le temps. Dans des multiples réunions ou formations , parlant à des gens qui sont fortement enfermés dans leurs croyances pour s’assurer qu’ils comprennent qu’on n’est pas des monstres, qu’on est pas des pervers sexuel et que non, notre vie n’est pas voué à l’échec comme beaucoup le pense. Qu’un gay est beau, laid, gentil, vilain, bref qu’un gay est comme tout le monde.

Musore : Ok, Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Christian : Un dernier mot serait un appel à placer l’amour/passion, la compréhension et la compassion au centre de tous nos actions. Et le plus important pour les LGBT burundais, de rester fort dans tout ce qu’ils font. La vie, pour les autres, est faite pour être dure mais pour eux comme moi-même, c’est un travail double, un supplément à gagner contre, pour toujours avancer et resplendir plus que tout.

Et, j’ai en souvenir tous ces sourires, ces joie lors des activités, ces visages qui transmettent l’espérance d’un future qu’on veut, quelque chose de meilleure, une communauté LGBT qui a réussi professionnellement, économiquement et surtout personnellement.

Musore : Merci de nous avoir accordé un peu de votre temps.

Christian: Merci à vous

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